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Utopies

Extrait de l'ITW de Hadouk Trio pour le livret de l'édition limitée d'Utopies

Q: «Utopies», faisant l’objet de cette nouvelle édition, a été un beau succès, de surcroît couronné d’une “Victoire
de la musique Jazz – Meilleure Formation de l’année” en 2007. Comment avez-vous ressenti cette distinction ?
Le Jazz n’est peut-être pas le domaine de prédilection de votre musique ?...
Loy: On a été très surpris, vraiment très surpris de gagner, on ne s’y attendait vraiment pas; pour moi c'est principalement
le fruit de notre persévérance (12 ans d'activité, bientôt).
Les votants ont sans doute voulu aussi mettre en avant les musiques “à la marge” du jazz, moins “élitistes” et qui sont
de plus en plus présentes dans le panorama actuel des musiques et du Jazz en particulier.
Didier: J’ai commencé ma vie musicale dans le jazz, au saxophone alto, en écoutant Charlie Parker, et malgré les nombreux
différents styles adoptés au cours de ma carrière, je suis resté un Jazzman et je me considère comme tel. Hadouk,
a des qualités inhérentes au jazz: swing, improvisation, mode blues… J’ai été agréablement surpris par cette “Victoire”,
car il y a aussi d’autres courants chez Hadouk mais l’improvisation y a une grande part… vu le succès dans les rayons
jazz de nos cds en France on a ouvert une voie à un public plus large. Ce que récompense cette “Victoire”, c’est le goût
du public.
Steve: Ca a été une émotion très forte, une surprise inattendue. Je viens effectivement du Jazz, puisque j’ai commencé
mon initiation musicale à travers le jazz en écoutant Herbie Hancock, Miles, Coltrane… Le groupe Magma est un bon exemple
de cette qualité essentielle du jazz qui est de chercher aussi hors de son domaine propre. Le jazz permettait des rencontres
au-delà des genres: le jazz est une des composantes de notre sensibilité et une constante inspiration.
Q: Effectivement, on peut dire que votre musique n’est ni «Jazz», ni «World», comment pourriez-vous définir votre
démarche musicale, en d’autres termes ?
Loy: The question !
Ce n'est pas à nous de définir notre musique. Ce qui est sûr, c'est qu'on a créé cette musique et ce répertoire sans aucun
plan de carrière, avec la seule idée de se faire plaisir en s'adonnant au métissage des instruments sans modération, un
peu comme des enfants qui jouent avec leurs jouets…

Steve: C’est une quête constante vers ce qui peut inspirer de nouveaux types de dialogues musicaux, ainsi qu’un plaisir
jubilatoire, parfois, à découvrir de nouveaux langages voyagesques…
Didier: Le plaisir est la fonction première, celle d’Aphrodite, et n’oublions pas que le musicien lui même est son premier
auditeur. Et donc si on se fait plaisir, il y a de fortes chances qu’on en fasse aussi à autrui, c’est le syndrome du donnerrecevoir.
Il est très important au 21ème siècle qu’il y ait un métissage culturel aujourd’hui permis par la mondialisation
de la culture.
Q: “Utopies”, le titre, au-delà de l’anagramme avec les “toupies” chères à Didier, laisse planer la possibilité de
mondes nouveaux, encore à découvrir; est-ce ce que recherche votre musique ?
Steve: Oui
Loy: Découvrir des mondes nouveaux, c'est pour le public éventuellement qui écoute notre musique; moi je découvre des
instruments nouveaux mais à vrai dire je pense m'assagir de ce côté là et me perfectionner sur les 2 ou 3 instruments
que je possède le mieux...
(Hajouj, gumbass, kora et claviers - NDLR)
Didier: Saxophoniste à l’origine, j’ai voyagé en Inde autour de ma vingtième année et ai commencé l’étude de la flûte bansouri,
puis avec Gong, je suis revenu au saxophone ténor dans un contexte rock, mais j’ai continué à jouer de la flûte en bambou
(“Banbooji” sur Shamal de Gong, - un des premiers morceaux de fusion world, d’ailleurs en 1976). Après une période plus
particulièrement consacrée au saxophone-synthé, je me suis réorienté pour de bon vers les instruments acoustiques charmeurs
d’oreilles tels que l’ocarina, la flûte harmonique (zeff), le doudouk arménien et le khen du Laos… Je limite moi aussi
le nombre de mes instruments pour pouvoir les pratiquer tous suffisamment de temps.
Q: Comment composez-vous ? Quelle est votre démarche (préparation) lorsque vous rentrez en studio ?
Loy: Je compose principalement avec mon pote Didier; nous nous insufflons mutuellement une énergie créatrice et nous
sommes très complémentaires: à Didier la mélodie et à moi la tournerie, l'harmonie... même si chacun de nous est capable
d'inverser les rôles. Steve compose plus volontiers seul; parfois nous improvisons tous les 3, ce qui donne naissanceà un morceau commun. Avant de rentrer en studio on passe avec Didier le temps qu'il faut pour structurer le morceau et
si possible on essaye de le jouer un peu sur scène avant. Avec Hadouk nous ne répétons pratiquement jamais sauf peutêtre
avant l'exercice du studio, (2 ou 3 jours maxi). Malheureusement les morceaux prennent souvent “de la gueule” une
fois que nous les avons joués longuement sur scène et il n'est pas rare que l'enregistrement public soit bien supérieur à
l'enregistrement studio…
Steve: Ma préparation à l’entrée en studio est multiforme: je travaille beaucoup à l’instinct, aux sentiments, à l’émotivité.
Parfois une idée, un fil invisible me relient à une mélodie ou un rythme, une ambiance… d’autres fois le thème
s’impose de par l’instrument lui-même et puis parfois ce sera un livre, un lieu, une rencontre, une saveur qui m’amèneront
à exprimer musicalement ce sentiment… Par exemple, pour “Hijaz”, l’instrument s’est imposé; sur “Alma Celesta,
en me baladant dans les rues d’Istanbul, j’ai entendu des mélodies qui se croisaient. Je propose certains rythmes à mes
camarades sachant que les percussions pouvant être mélodiques ou harmoniques, il s’en dégarera une inspiration pour
le trio.
Didier: Je pratique tous les jours mes instruments, surtout le doudouk et la flûte (je n’enregistre pas, je joue) et au cours
du jouage des mélodies champignonnent. Je ne les enregistre pas, disais-je, car le cerveau est l’enregistreur le plus fiable.
Lorsqu’une mélodie apparaît et persiste à être convaincante, je la ferre comme un poisson, je l’écris ou je l’enregistre.
J’ai aussi des idées rythmiques et harmoniques, je les propose à Loy et à Steve qui font mieux que moi dans ce
domaine. Après du travail, le morceau trouve sa structure et devient une vraie hadoukerie. La mélodie du morceau sort
ainsi du jeu, “Barca solaris”, “Dragon de lune”, “Le Bal des oiseaux”… “Parasol blanc” sont nés comme ça.

La suite à lire dans l'édition limitée d'Utopies